Femmes : ne battons pas en retraites, battons-nous pour nos retraites !

Le martèlement d’un discours conférant à l’allongement de la durée de cotisation un caractère prétendument inéluctable ne saurait nous faire rejoindre les rangs des fatalistes. En effet, nous ne pourrions nous résoudre à ce que les femmes subissent la double peine des carrières morcelées et d’une fin de vie précaire et nous savons qu’une autre réforme est possible : une réforme plus juste pour tou-te-s et particulièrement pour les femmes. Nous demandons :
- la mise en place d’outils efficaces pour lutter contre les inégalités salariales ;
- la surcotisation des salaires à temps partiel sur la base d’un salaire à temps plein, surcotisation entièrement à la charge des entreprises, afin d’éviter que les salaires partiels ne se transforment en retraites partielles ;
- la suppression de la décote qui n’est rien d’autre qu’une double peine affectant en premier lieu les femmes ;
- la revalorisation des basses pensions et des minima de pension afin qu’aucune pension ne soit inférieure au seuil de pauvreté ;
- la prise en compte des années de formation et d’insertion dans la durée d’assurance validée ;
- l’amélioration des avantages familiaux afin qu’ils compensent mieux l’impact des interruptions de carrières sur les salaires.

Femmes : ne battons pas en retraite, battons-nous pour nos retraites !

Appel paru dans Libération du 18 juin 2013.

La réforme des retraites de 2013 sera-t-elle aussi préjudiciable aux femmes que l’ont été les précédentes ? Ce sera à n’en pas douter le cas si les options aujourd’hui privilégiées par le Président, le Premier ministre et la Commission pour l’avenir des retraites sont adoptées par le Parlement.

Nous refusons les propositions qui visent à retarder le départ à la retraite et à diminuer le montant des pensions, à l’instar de l’allongement de la durée de cotisation ou de la désindexation des pensions sur l’inflation. En effet, ces orientations, dans la continuité des réformes menées ces vingt dernières années, ne feront que creuser les inégalités femmes-hommes.

Aujourd’hui, la pension moyenne des retraitées est de 930 € mensuels en droits propres contre 1600 € pour les hommes ; les femmes perçoivent en moyenne une pension inférieure de 42 % à celle des hommes ; 2 retraités pauvres sur 3 sont des femmes ; parmi les femmes parties à la retraites en 2011, 25 % ont attendu 65 ans ou plus pour éviter la décote contre 15 % des hommes.

Cette situation est intolérable parce que profondément injuste. Alors que les femmes sont en moyenne rémunérées 27 % de moins que les hommes, notre société ne se donne ni les moyens d’atteindre l’égalité professionnelle, ni ceux de combler les inégalités au moment de la retraite.  Pire, les réformes successives, en allongeant la durée de cotisation, en augmentant la décote et en relevant l’âge légal de départ ont encore dégradé la situation des femmes. Nous n’acceptions pas cet état de fait hier, raison pour laquelle nous nous étions mobilisé-e-s en 2010, portant ce sujet au coeur du débat public. Nous ne l’acceptons pas davantage aujourd’hui.

Le martèlement d’un discours conférant à l’allongement de la durée de cotisation un caractère prétendument inéluctable ne saurait nous faire rejoindre les rangs des fatalistes. En effet, nous ne pourrions nous résoudre à ce que les femmes subissent la double peine des carrières morcelées et d’une fin de vie précaire et nous savons qu’une autre réforme est possible : une réforme plus juste pour tou-te-s et particulièrement pour les femmes.

Pour cela, il est indispensable d’actionner deux leviers : la compensation des inégalités professionnelles au moment de la retraite, et, pour les générations futures, la construction d’une égalité réelle. Pour cela, les mesures sont connues. Elles reposent notamment sur la lutte contre le temps partiel subi, contre le déficit de reconnaissance des métiers féminisés dévalorisés tant socialement que financièrement ou encore contre la pénurie de places en crèche. Ces mesures, en stimulant l’emploi des femmes, sont des leviers pour financer une réforme des retraites juste et solidaire : la Caisse nationale d’assurance vieillesse estime à 5 à 10 milliards les recettes supplémentaires  pour les caisses de retraite qui pourraient être générées par l’égalité professionnelle.

Nous demandons :

-          la mise en place d’outils efficaces pour lutter contre les inégalités salariales ;
-          la surcotisation des salaires à temps partiel sur la base d’un salaire à temps plein, surcotisation entièrement à la charge des entreprises, afin d’éviter que les salaires partiels ne se transforment en retraites partielles ;
-          la suppression de la décote qui n’est rien d’autre qu’une double peine affectant en premier lieu les femmes ;
-          la revalorisation des basses pensions et des minima de pension afin qu’aucune pension ne soit inférieure au seuil de pauvreté ;
-          la prise en compte des années de formation et d’insertion dans la durée d’assurance validée ;
-          l’amélioration des avantages familiaux afin qu’ils compensent mieux l’impact des interruptions de carrières sur les salaires.

Mobilisons-nous pour empêcher que cette énième réforme se fasse encore sur le dos des femmes !

Premières signataires :

Alix Béranger, militante féministe

Amandine Berton-Schmitt, militante féministe

Agnès Bihl, chanteuse

Sophie Binet, membre du bureau confédéral de la CGT

Nadine Bouteilly Dupont, présidente nationale de Libres MarianneS

Françoise Brié, Vice-Présidente de la Fédération Nationale Solidarité Femmes

Marie Cervetti, directrice de l’association FIT, une femme, un toit

Thérèse Clerc, fondatrice de la Maison des Femmes de Montreuil et de la Maison des Babayagas

Alice Coffin, militante féministe

Annick Coupé, porte-parole de l’Union Syndicale Solidaires

Monique Dental, réseau féministe Ruptures

Vanessa Favaro, présidente de La Mutuelle des Etudiants

Françoise Gaspard, sociologue, historienne et politiste

Isabelle Gillette-Faye, sociologue

Clémence Helfter, militante d’Osez le féminisme !

Françoise Héritier, anthropologue

Danièle Kergoat, sociologue, directrice de recherche honoraire au CNRS

Gaïa Lassaube, porte-parole de Les efFRONTé-e-s

Christine Le Doaré, juriste et militante féministe

Safia Lebdi, présidente des Insoumises

Séverine Lemière, économiste

Florence Lhote, présidente de l’Association Entraide et Mouvement des Femmes

Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme !

Julie Mandelbaum, secrétaire générale de l’UNEF

Florence Montreynaud, historienne

Rayhana Obermeyer, auteure comédienne

Emmanuelle Piet, médecin

Nicole Savy, Ligue des droits de l’Homme

Frédérique Pollet-Rouyer, réalisatrice

Rachel Silvera, économiste au MAGE

Annie Sugier, Ligue du droit international des femmes

Judith Trinquart, secrétaire générale de Mémoire traumatique et victimologie

Julie Vella, présidente de l’association Elle’s IMAGINE’nt

Céline Verzelleti, responsable de la commission Femmes de la CGT

Marie Wierink, chercheuse associée à l’IRES

Arlette Zilberg, animatrice du réseau Femm’Ecolos